octobre 2007: découverte de la formation musicale: LA CHAMBRE D'AMIS et de leur programme de concerts:
grand plaisir, et véritables clés pour comprendre et vivre la musique.
qui, quoi, quand, où ? je vous dis tout:
Une rencontre fortuite, quasi intuitive et très inspirée avec un musicien, dans la rue, la veille, m'a mené ce vendredi 12 octobre, à la fondation Eugène Napoléon (à Paris dans le 12° arrondissement, à 1 pâté de maisons de la Nation), à découvrir un ensemble musical dont, bien que voisin, j'ignorais l'existence: la Chambre d'Amis.
Dans la chapelle désormais classée -ce qui sauva tout récemment l'ensemble des locaux de l'institution d'insatiables appétits immobiliers-, la Chambre d'Amis débute de fort belle manière sa 2° saison musicale, et nous pouvons d'ores et déjà nous en réjouir.
Mais qu'est-ce donc que cette "Chambre", et quels amis?
Il est question principalement de musique de chambre, dans l'esprit "historique" du terme: la musique que l'on joue, à domicile, pour les amis, ou entre musiciens au cours d'une soirée de rencontre. C'est bien l'esprit de ces soirées musicales qui est proposé à nos oreilles et à nos esprits;
Mais il s'agit aussi de plus que celà: créée sous l'impulsion de 3 musiciens, cette structure est une collégiale de concertistes, solistes, membres d'orchestres, maîtres, de stature souvent internationnale et pouvant se vanter (mais ils s'en gardent bien) d'avoir aussi joué avec les plus grands. Et leur ambition, qui nous concerne directement, est de se rapprocher du public, avec une très grande convivialité, des concerts, avec une approche didactique des oeuvres, artistes et instruments proposés. Et un esprit d'ouverture certain, par l'invitation et la participation de musiciens d'horizons variés, ainsi que par l'accompagnement du public tout au long des oeuvres proposées.
La soirée du 12, à laquelle j'ai assisté, était bâtie autour de la harpe, avec des oeuvres originales, mais aussi des adaptations et transpositions d'instruments. Au programme: Bruch, transcription pour alto, flûte et harpe des pièces 1 et 5 op.83, Saint-Saens, fantaisie pour violon et harpe op. 124, Debussy, sonate en trio pour flûte, alto et harpe, et enfin Mozart, concerto pour flûte et harpe.
Comment vous en dire tous les plaisirs retirés... Je les laisse venir en vrac:
L'accueil tout d'abord: le jardin de buis qui précède la chapelle, mis en décor avec torches, chandelles et lumignons. Puis la présence d'un conteur accompagnateur, Guy Perier, qui va tout au long de la soirée proposer un contexte historique ou musicologique des oeuvres, avec lettres et chroniques d'époque; suivies de quelques "mises en bouches" musicales préalables à certaines exécutions, pour nous faire toucher plus intensément, à l'aide de quelques mesures extraites et interprétées, des passages, fusions des instruments, reprises de motifs, thèmes ou styles préfigurant les courants musicaux des époques postérieures, et toutes sortes de propositions, de profondeurs et créativités "géométiques et volumiques" ordinairement fondues dans une mélodie perçue plus linéairement par les oreilles non excercées.
On est là bien loin des concerts classiques façon "Grand Echiquier", où la musique, appréhendée comme un chef d'oeuvre resplendissant, est "livrée" quasi brutalement par les musiciens, sans préparation, accompagnement ou aide d'aucune sorte. Alors qu'ici, la musique est enfin vivante, pleine, complexe, architecturée, sensible, et devient communiquante, appréhendable -même si le mot n'est pas ici très "musical"-.
De la même manière, la présentation de la harpe, cette "mise en lumière", dans la relation qu'elle induit notamment avec le violon (Sébastien Surel, CV blindé, concertiste et soliste auprès des plus grands, dans les plus belles salles mondiales, jusqu'à des excursions jazzistiques et "tango" auprès de Richard Galliano, et cofondateur de la Chambre d'Amis), plus habitué à une confrontation avec le piano, et qui ici avoue, par la bouche du conteur, éprouver de la complicité et une forte proximité avec le jeu et la sensualité de la harpe.
La harpe elle même, appréhendée seule lors de l'intermède entracte, avec présentation historique rapide, descrition de l'anatomie (jeux des pédales, évolution, grâce notamment à notre Beaumarchais national, mettant en oeuvre les techniques horlogères pour perfectionner le système d'Erard). Exposé ludique de différents types de jeux, et quelques petites pièces pour illustrer: une ballade celtique, incontournable pour cet instrument, La Source, d'Hasselmans, et surtout un extrait de la très belle Ballade Nordique de Franz Poenitz.
La harpe est comme je l'imaginais: belle, sensuelle et délicate. Tout à l'image de sa musicienne (Mélanie Dutreil, venue en voisine), elle ne manque pas non plus de détermination, de caractère, et l'émotion, la musicalité générée fait oublier tout aspect technique de son jeu très riche et fortement évocateur et sensible grâce à une parfaite maîtrise.
Le programme proposé, du moins dans sa première partie, n'est pas celui vers lequel je me serais jeté d'emblée. Plus attiré vers la prériode baroque, le romantisme et le début 20° siècle me sont pour l'heure moins accessibles. Sauf qu'avec une telle présentation, la musique se découvre, le brouillard de désépaissit, les sentiments plus nuancés et variés invoqués par les musiques de ces périodes se laissent peu à peu pénétrer, les apparentes discordances comparativement aux mélodies et harmonies des périodes précédentes commencent à faire sens, tout en annonçant les musiciens du siècle par les ruptures déjà entraperçues.
Je découvre aussi l'Alto, ici proposé par Paul Radais, autre pilier de La Chambre des Amis, très beau parcours lui aussi. La possibilité de fusion avec la harpe et la flûte (Michel Moraguès, artiste invité, complice musical régulier de Mélanie Dutreil, auréolé d'un grand prix du disque de l'académie Charles Cros, et des collaborations dont la lecture seule provoquerait presque des frissons musicaux), mise en évidence par Guy Perier, a été une découverte pour moi, qui pourrait n'être qu'anecdotique si elle n'en profitait pas pour développer la capacité d'écoute et de déchiffrement de l'intensité et de la complexité harmonieuse des oeuvres.
Les compères ne se contentent pas de se réunir pour de belles scéances de partage musical, et de nous y convier. Ils se payent même le luxe d'engager les étoiles montantes, pour élargir encore les rencontres et les plaisirs. et pour marquer leur enracinement géographique, c'est une jeune violoncelliste de l'arrondissement Juliette Herlin, déjà bien primée lors de concours et manifestations, qui se joint à l'ensemble pour l'interprétation du concerto de Mozart qui clôt le concert. En compagnie de Sophie Pradel au violon, et Esther Brayer à la contrebasse (ça me réjouit de voir comme ils ont tous, compris les 2 dernières musiciennes citées, un parcours riche, foisonnant même, révélateur de leur passion et des perpétuels échanges et remises en causes)
Et pour finir la soirée, dans un salon situé de l'autre coté du jardin, agréable et conviviale rencontre avec le public et les instrumentistes, autour d'un verre et de gourmandises, avec discussions impromptues et bien amicales.
Une belle façon de voir la musique, qui me convient tout à fait dans ce qu'elle m'accompagne, avec plaisir des sens, dans cette incessante, perpétuelle et riche découverte de la musique.
Ce procédé, cette manière de proposer la musique m'attire, d'autant que la qualité des interprétations est de vraiment haut niveau. Expérience à poursuivre, la saison musicale de La Chambre de Musique est heureusement prévue pour s'étaler tout au long de l'année.
Dès le vendredi 9 novembre prochain à 20 h 30, nouvelle soirée, avec au programme:
Comment ça marche? -chefs d'oeuvre, secrets de fabrication-
Bach, Mozart, Dohnänhy, Prokofiev.
Ca promet, du coté des découvertes, de la perception plus affutée du génie créateur ou de son travail de composition. Des clés de compréhension seront très probablement proposées, permettant de rentrer plus dans l'oeuvre et dans la structure musicale sensible, et de faire croitre notre réceptivité aux propositions du compositeur.
à la chapelle de la fondation Eugène Napoléon, Paris 12°.
(places à 20 euros, réduc. 12 euros)
Cette "entreprise", cette démarche que La Chambre de Musique met en oeuvre vient offrir des ouvertures à une meilleure réceptivité, une accuité accrue aux musiques que nous redécouvrons avec un intensité redoublée, et dont il reste encore tant de plaisirs à retirer.
Enceintes et Musiques s'efforcera, avec grand plaisir, à soutenir ce projet, notamment en diffusant les éléments des manifestations, et en rendant régulièrement compte des évênements organisés.
Je communiquerai prochainement les coordonnées et liens pour les réservations et les infos sur la formation, et la suite du programme de l'année.
Il est probable que des éléments musicaux captés lors du concert du vendredi 12 octobre soient disponibles en ligne prochainement. Vous trouverez ici le lien pour y accéder dès qu'il sera opérationnel.
concert La Chambre d'Amis du 9 novembre 2007
Première information: un groupe a été constitué avec les personnes déjà intéressées. Il y a maintenant accès au tarif de groupe (plus de 10 personnes), qui donne accès à l'entrée à 12 euros
Me contacter pour pouvoir bénéficier de ce tarif, pour vous joindre à la liste des réservations. Il est possible de me contacter par téléphone 06 82 21 79 26.
Sinon, il est possible de réserver directement (tarif normal à 20 euros) par le site http://www.lachambredamis.com, et aussi de venir directement sur place au dernier moment.
Des nouvelles du programme, qui m'a été transmis par Sébastien Surel, membre fondateur de la formation:
"Le cycle : "Comment ça marche" : Chefs d'oeuvres, secrets de fabrication.
A travers un programme très varié tant dans les formations (de l'instrument seul au quintette) que dans les époques (de Bach à Prokofiev), nous essaierons de vous faire découvrir le génie des compositeurs et les raisons pour lesquelles leurs oeuvres nous touchent autant.
Projet ambitieux donc. Servi par des artistes de premier plan tels que, par exemple, Nora Cismondi au hautbois ou Patrick Messina à la clarinette tous deux solistes de carrure internationale.
Programme:
Bach: 5ème suite pour violoncelle seul (Marlène Rivière, violoncelle)
E.Dohnanyi: Sérénade pour trio à cordes op.10
Mozart: Quatuor pour hautbois et cordes en fa majeur KV 370
Prokofiev: Quintette op.39 (violon, alto, contrebasse, clarinette, hautbois)
Nora Cismondi, hautbois
Patrick Messina, clarinette
Jean-Olivier Bacquet, contrebasse
Sébastien Surel, violon
Paul Radais, alto
Guy Perier, conteur "
Je recommande à nouveau vivement cette manifestation, et je la soutiens, vu la qualité proposée, et l'esprit qui anime ses organisateurs.