
Date de sortie : 1992
L'EMP (Enceinte Murale Plate) de Jean-Marie Reynaud constitue l'une des nouveautés les plus intéressantes du Salon Hi-Fi 92. Comme ont pu s'en rendre compte les nombreux visiteurs de ce stand lors de la démonstration, très bien menée, ce système sort résolument des sentiers battus par son esthétique et par son écoute qui allie ampleur de la scène stéréophonique et clarté générale de la restitution.
Par ses proportions inhabituelles l'EMP ressemble à s'y méprendre à une enceinte électrostatique ou isodynamique. Le panneau mesure en effet, 1092 mm de haut pour une largeur de 317mm et une profondeur d'à peine 92 mm. Mais là s'arrête la comparaison, car il s'agit d'un système équipé de deux transducteurs électrodynamiques : un grave-médium de 17 cm et un tweeter à dôme de 25 mm de diamètre.
Comme toujours chez J.M. Reynaud, la finition est en laque noire ou blanche. Il existe un modèle blanc cassé également très réussi. Le cache haut-parleur tendu de Jersey noir a la forme d'un triangle dont le sommet est tourné vers le bas. Les deux enceintes sont livrées en paire miroir tant au plan esthétique qu'au plan acoustique. Deux pieds de section carrée fournis se vissent à la base et permettent de faire tenir le panneau debout : ils sont un tout petit peu courts (16 cm) et il faudra s'assurer de la stabilité de l'ensemble lors de l'installation définitive.
L'EMP peut également être suspendue à un mur grâce à un robuste dispositif d'ancrage intégré au panneau arrière. En effet, cette enceinte ne fonctionne pas en doublet acoustique : les deux haut-parleurs rayonnent vers l'avant tandis que l'évent d'accord débouche à la base de l'enceinte sur le côté. La mise en œuvre et l'installation en sont grandement facilitées d'autant que l'EMP offre une bonne insensibilité à l'environnement comme nous avons pu le constater lors de nos essais.

La mise au point de cette enceinte a exigé rigueur et pragmatisme, capacités que J.M. Reynaud a eu l'occasion de prouver avec ses précédents modèles. Le principe de l'enceinte panneau électrodynamique n'est certes pas nouveau : citons pour mémoire la Lansing Trimline, La Phonophone, la DCM Time Frame, la Carver... Mais ce type de panneau a toujours été délicat à optimiser. Le parallélisme des faces avant et arrière et, par définition, leur proximité sont favorables au développement d'ondes stationnaires et de surpression faisant apparaître des pics dans les courbes de réponse qui ont vite fait de lasser le mélomane épris de perfection sonore.
Les systèmes plats qui ne présentent pas ces défauts travaillent tous en dipôle acoustique, notamment les modèles électrostatiques, mais il faut alors les éloigner du mur arrière et l'on perd dans une certaine mesure le bénéfice de leur compacité. Leurs caractéristiques de directivité ne sont pas toujours bonnes avec notamment une directivité toujours prononcée. Enfin l'inévitable court-circuit acoustique est relativement haut en fréquence, ce qui limite leur capacité à reproduire du grave avec du niveau.
Pour s'affranchir de ces défauts J.M. Reynaud a repris le principe connu de la ligne acoustique avec des transducteurs de haute technologie (cf. la coupe plus bas). La charge arrière est une sorte de chambre de compression qui canalise et comprime l'air dans la ligne acoustique jusqu'à l'évent, situé à la base du coffret sur le côté grâce à la paroi interne placée obliquement, cette ligne acoustique offre une section croissante. Elle se comporte ainsi comme un transformateur d'impédance acoustique avec d'un côté, une impédance élevée (chambre de compression) et de l'autre une impédance très basse en sortie par l'évent freiné avec de la mousse alvéolée à mailles larges (pour éviter les bruits d'écoulement d'air).
Bien entendu, la rigidité du coffret (réalisé en Médite d'épaisseur de 19 mm) et l'épaisseur des parois de la ligne acoustique ont été étudiées avec le plus grand sont pour éviter les colorations désagréables.
De plus, de par l'inclinaison de la paroi interne, aucune face n'est parallèle, ce qui explique l'absence de matériau absorbant, véritable étouffoir de micro-informations. On ne trouve qu'une couronne de mousse alvéolée qui épouse l'aimant du haut-parleur grave. Cette ligne acoustique optimisée permet d'obtenir, avec un haut-parleur de 17 cm, une courbe de réponse linéaire descendant bien dans le grave, sans traînage.
Les deux transducteurs utilisés sont parfaitement à la hauteur de la tâche qui leur est assignée.
Ils sont placés de façon asymétrique sur le baffle support mais en miroir par rapport à l'autre enceinte, ce qui garantit une parfaite homogénéité de la diffusion. Le boomer de 17 cm est fixé non pas par son saladier mais par une vis de gros diamètre qui vient se visser au travers de la paroi du fond dans le trou fileté prévu à l'arrière du noyau du moteur. Cette fixation axiale évite tout contact mécanique du saladier avec l'ébénisterie qui ne lui transmet donc aucune énergie. La couronne du châssis est juste découplée du coffret par un joint en mousse.
Ce magnifique haut-parleur possède une membrane très légère en pulpe de cellulose à fibres courtes. La face avant reçoit un traitement amortissant à base de produit synthétique plastifiant qui ne durcit pas avec le temps.
Le classique cache noyau central est remplacé ici par une ogive centrale en aluminium. Elle a un effet antitourbillonnaire et, de par son rayon de courbure calculé, améliore les caractéristiques de directivité et la réponse en phase. La suspension périphérique en néoprène est de type demi-rouleau négatif. Sa souplesse et celle du spider de centrage sont calculées pour assurer un rappel optimal sans effet de basculement.
Le tweeter, placé sous le boomer, prend le relais à partir de 4 700 Hz. Il est entouré par une couronne de mousse qui empêche toute diffraction à la surface du baffle support. Le dôme en aluminium de 25 mm de diamètre est réputé pour rayonner de manière uniforme sans perte d'énergie jusque dans les fréquences très élevées. Son circuit magnétique de 75 mm procure un champ de 16 000 Gauss à la bobine correctement refroidie.
Le filtrage très soigné est symétrique à 12 dB/octave de part et d'autre de la fréquence relais de 4,7 kHz. L'enceinte est prévue d'origine pour le bi-câblage ou éventuellement la bi-amplification passive.
MESURES
Jean-Marie Reynaud sait mettre au point les enceintes acoustiques, cela s'entend mais aussi concrètement cela se mesure. Son panneau EMP extra-plat, aisément logeable ne faillit pas à cette tradition d'excellence. La courbe de réponse révèle une linéarité remarquable sans accident parasite. La réponse dans le grave est tout à fait satisfaisante, le rayonnement de l'évent vient compléter le niveau en-dessous de 80 Hz. Plaqué contre un mur, le niveau dans le grave doit naturellement remonter avec un nivellement de la petite dépression autour de 180 Hz.
La réponse impulsionnelle est remarquable pour une enceinte d'aussi faible épaisseur. I1 n'y a pas de traînage ni de réflexions parasites qui pourraient troubler la sérénité de l'impulsion. Les deux haut-parleurs sont très rapides dans leur mise en action avec aussi un bon calage en phase.
Côté distorsion les valeurs sont très faibles, même à niveau élevé. I1 est certain que le découplage du haut-parleur grave par rapport au baffle support apporte un plus dans l'absence de rayonnement parasite du coffret. Le montage mécanique du hautparleur grave-médium par un point contre la paroi dorsale est une solution réellement efficace pour lutter contre toutes les formes de distorsion et de traînage.
Le rendement est correct 89dB/1W/1m. Avec un ampli de 35 W par canal, on obtient déjà un niveau confortable en écoute domestique. Le module d'impédance très régulier ne présentera pas une torture pour les amplificateurs qui travailleront dans d'excellentes conditions. Une étude remarquable qui souligne tout le talent de ce chercheur infatigable qui arrive à produire des enceintes d'une finition et d'une qualité qui ne laissent pas prise à la critique tout en restant dans des prix très raisonnables.
3 voies 2 haut-parleurs
dimensions: H 109 x L 32 x P 9 cm